Conseils aux choristes
- Exécute
très sérieusement les exercices de technique vocale. Tu pourras ainsi
chanter n'importe comment toute la soirée avec la conscience
tranquille.
- Les indications de nuances, de
liaisons, d'ornements ne doivent pas être observées. Elles ne sont là
que pour embellir la partition.
- Arrête-toi à chaque signe de reprise et discute longuement pour savoir si on reprend ou non.
- Si tu te trompes, éclate de rire : cela fera tromper tes voisins et t'évitera de te sentir coupable.
- Si tu chantes une fausse note, jette un regard furieux vers tes voisins.
- Si tous les autres se trompent, suis ceux qui se trompent.
- Si par ta faute l'ensemble a dû s'arrêter, explique en détail pourquoi tu t'es trompé. Tout le monde sera très intéressé.
- Si tu es complètement perdu, arrête tout le monde et demande de redonner le ton.
- Une note juste au mauvais moment est une fausse note (et vice versa...)
- Une fausse note chantée avec timidité est une fausse note. Une fausse note chantée avec autorité est une interprétation.
- Si un passage est difficile, ralentis. S'il est facile, accélère. Tout s'arrangera à la fin.
- Quand tous les autres ont fini de chanter, tu ne dois pas chanter les notes qui te restent.
- Une interprétation authentique est réalisée quand il ne reste plus une note de l'original.
- Chantez tous la même œuvre.
in “Le courrier du chœur” de Gustave, p.45, édité par la fédération chorale de Wallonie-Bruxelles
Les Quatre Pupitres
- L'esprit
de chacun des quatre pupitres correspond au rôle que les parties qui
lui reviennent jouent dans l'ensemble. "On peut considérer que la
chorale représente l'homme-type, l'homme complet, masculin-féminin,
avec tous les dégradés allant des sopranos les plus élevés aux basses
les plus profondes", dit un chef de chœur, Bernard Michelet, et cette
situation suggère une grossière typologie des quatre pupitres, dans le
cadre de la polyphonie classique. Typologie qui cherche à mettre le
doigt sur certaines conventions d'écriture musicale dans leur rapport
avec la situation psychologique de l'interprète.
- Ainsi,
les sopranos ont une partie écrite dans une tessiture étendue,
confortable. Elle a tendance à être en dehors, à ressortir par rapport
aux autres, en raison de lois psycho-acoustiques simples. Le pupitre de
soprano est toujours tenté de chanter en oubliant les autres voix. De
plus, c'est généralement le pupitre le mieux garni, dans les phalanges
d'amateurs.
- Les altos disposent d'une tessiture
plus resserrée, coincée entre les espaces plus amples départis aux
sopranos et aux ténors. Elles chantent dans le grave de leur voix, où
celle-ci ne s'épanouit pas, car elles sont rarement de vraies altos.
Leur partie, qui assure un rôle de remplissage harmonique et
contrapuntique, même dans les polyphonies anciennes, n'est guère
intéressante en général et ne prend son sens que par rapport à
l'ensemble. Une alto se situe toujours par rapport aux autres
pupitres. " J'aime bien faire la partie d'alto, dit une choriste, car
j'aime bien être entre-deux. "
- Les ténors
chantent sur une étendue assez large, leur partie est d'une écriture
plus chantante et naturelle que celle des altos. Mais les chorales
d'amateurs disposent rarement de vrais ténors, montant sans difficulté
jusqu'au sol ou au la. A l'oreille, on identifie facilement une
phalange d'amateurs d'après le timbre de ses ténors (voix blanches et
serrées dans l'aigu). La production des notes aiguës, qui requiert
souvent la voix de fausset, est un thème traditionnel de plaisanteries
dans les chorales.
- Enfin la partie de basse se
meut sur de larges intervalles avec une certaine pesanteur. Elle est
ressentie comme spécifiquement masculine. De plus, les possibilités
vocales d'un amateur moyen n'ayant pas travaillé le chant s'accommodent
mieux des parties de basse, qui descendent rarement bien bas, que
celles de ténor, qui montent fréquemment assez haut.
- Pour
des raisons vocales, musicales et psychologiques, les sopranos et les
basses sont donc plus à l'aise dans leurs parties que les pupitres
intermédiaires ambigus des altos et des ténors. Ces deux derniers
pupitres sont d'ailleurs fréquemment les moins bien garnis en
effectifs.
Michel Chilon, In Il n’est jamais trop tard pour chanter, Paris : J-C Lattès, 1998, 265 p
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