Biographie
Issu d'une famille nombreuse, Antonio Vivaldi naît le jour d'un tremblement de terre. De
constitution malingre, il manqua de mourir au berceau et fut
baptisé en urgence le jour de sa naissance par la sage-femme
elle-même.
Son père,
barbier mais aussi violoniste talentueux à la basilique
Saint-Marc, l'a aidé à entamer une carrière
musicale et l'a fait entrer dans l'orchestre de la Cappella di San
Marco, où il fut un violoniste apprécié. Il
souffrait d'asthme ce qui poussa son père à le destiner
à la prêtrise. Tonsuré
(voir note)
en 1693, il devint prêtre en 1703. Il était
surnommé le « prêtre roux » en raison de ses
cheveux blond vénitien.
Dès
1704, il fut suspendu de ses fonctions et obligations pour raisons
médicales ce qui lui permit de se consacrer entièrement
à la musique. Il fut aussi ainsi maître de violon à
l'Ospedale della Pietà,
un hospice où il enseignait à des orphelines (institution
d’éducation pour jeunes filles pauvres ou
abandonnées)
;
cet orchestre de filles était à l'époque unique au
monde et attirait beaucoup d'étrangers riches. Cet orphelinat
était devenu un véritable conservatoire de musique.
Nombre de ses jeunes pensionnaires accédèrent à
des carrières de grandes cantatrices d’opéra et sa
chapelle, qui donne sur le Grand Canal, était alors le lieu des
concerts spirituels et des offices en musique les plus
réputés de Venise. C’est pour l’Ospedale della Pietà que Vivaldi composa la plupart de ses concertos et
œuvres religieuses dont le Gloria.
Il travaillait aussi comme impresario pour le théâtre
Sant'Angelo de Venise s'occupant des contrats et des traités. Souvent accompagné de nombreuses jeunes filles, il fait jaser.
Il bradait ses manuscrits pour le prix d'un ducat le concerto.
C’est en 1713 que Vivaldi assume la
responsabilité de composer pour le chœur de l’Ospedale della Pietà. Il
s’illustre alors dans la création d’œuvres vocales religieuses, qui révèlent
l’enthousiasme et l’ampleur de son sentiment religieux et dont le Gloria
RV 539 est véritablement l’une des plus belles expressions. Le Gloria,
dont l’écriture est influencée par l’Opéra, laisse libre cours à la virtuosité
des exécutants. Il s’inscrit dans un style vénitien caractérisé par l’usage des
chœurs alternés et de voix souvent mêlées aux instruments.
Il connaît très vite une gloire européenne comme violoniste virtuose : d’abord dans
les grandes villes d’Italie, puis en Allemagne, aux Pays-bas et en Autriche. Il
connut même la vie de musicien de cour à Mantoue entre 1718 et 1720… Il est
reconnu que Vivaldi, s’il n’est peut-être pas l’inventeur du concerto – Albinoni
et Torelli, avant lui, exploitent déjà le tryptique presto, largo, presto
– est très certainement celui qui explore le plus avant l’utilisation du
mouvement lent. Il développe ainsi tout un langage lyrique – proche de celui de
l’opéra – au sein du concerto : l’orchestre de l’archaïque concerto grosso cesse
d’être un obstacle aux épanchements du soliste : la virtuosité et l’expressivité
deviennent fondamentales. La forme et le contenu s’allègent pour donner parmi
les plus extraordinaires concerti de la musique classique. Vivaldi en composera
d’ailleurs plus de 500, probablement stimulé par le milieu éminemment musical
qui l’entoure au séminaire. S’il a
créé le concerto, le maître de chapelle de Venise a
également composé de nombreux opéras qu’il
mettait lui-même en scène. Ce répertoire est encore
très peu connu de nos jours : Vivaldi est en effet symptomatique
du musicien oublié. Après une vie de virtuose applaudi et
de compositeur apprécié, il est peu à peu
abandonné par ses mécènes. Il quitte alors toutes
ses charges et part à Vienne où il mourra un an plus
tard, le 17 juillet 1741, dans le dénuement, l’oubli et
l’indifférence la plus totale. Il fut enterré par
le service des pauvres de l'hôpital. On doit la
redécouverte de ses œuvres, entre autres, à Arnold
Schering et Marc Pincherle vers 1930, et surtout grâce à
la redécouverte des œuvres de Bach ;
certains concerti de Vivaldi ayant été retranscrits par Bach, on
a pu « remonter » jusqu’au compositeur vénitien.
Après sa mort,
son œuvre tomba dans l'oubli et fut redécouverte à
partir de 1913 suite aux travaux du musicologue Marc Pincherle.
Après la seconde guerre mondiale, Antonio Vivaldi s’est trouvé être le musicien
de musique savante le plus joué au monde, son œuvre la plus connue étant
certainement Les quatres saisons, concerto appartenant à un ensemble
bien plus vaste de 12 concerti appelé Cimento dell’armonia. Il est
toujours aujourd’hui en bonne place au palmarès des compositeurs ayant fait la
musique savante telle que nous la connaissons, aux côtés de Bach, Mozart
ou Beethoven.
Ses
œuvres furent rééditées à partir des
années 1950.
Note
: La tonsure est une pratique adoptée par certaines
Églises chrétiennes, consistant à raser une partie
des cheveux d'un clerc. Signe de renonciation au monde, elle est aussi,
avec la prise d'habit et le changement de nom, un élément
d'un rituel de mort et de renaissance qui efface les
péchés antérieurs. La
tonsure est une pratique née au début du Moyen Âge
; elle n'est pas connue aux premiers temps de l'Église et
Jérôme de Stridon la désapprouve même. Marque
infâmante réservée aux esclaves, elle est
adoptée d'abord par les moines avant de gagner les prêtres
au VIe siècle. À partir du VIIe siècle, plusieurs
sortes de tonsures entrent en concurrence :
- la
tonsure orientale, consistant à raser la tête toute
entière, réputée fondée sur
l'autorité de l'apôtre Paul ;
- la
tonsure celtique, consistant à raser l'avant du crâne,
d'oreille en oreille, réputée fondée sur
l'autorité de l'apôtre Jean ;
- la
tonsure romaine, consistant à raser seulement le haut du
crâne, le reste des cheveux formant une couronne,
réputée fondée sur l'autorité de
l'apôtre Pierre.
La
Règle de saint Benoît (VIe) mentionne la tonsure de
manière accessoire, en parlant de ceux qui mentent à Dieu
par leur tonsure (ch.1, 7). Au
sein de l'Église catholique, la tonsure romaine l'emporte sur
les deux autres formes et reste en vigueur jusqu'en 1972, date à
laquelle le motu proprio Ministeria quædam de Paul VI la rend
facultative.
Haut
Ses
œuvres
Compositeur prolixe, on compte parmi ses œuvres :
- 455 concertos (dont 210 pour violon ou violoncelle seuls)
- 44 motets
- 73 sonates
- 47 opéras dont La verità in cimento (RV 739)
- des symphonies
- de la musique de chambre
- de la musique
sacrée (« oratorio » Juditha Triumphans, deux
Gloria, Stabat Mater, Nisi Dominus, Beatus Vir, Magnificat, "Dixit
Dominus")
- son œuvre la plus célèbre est sans doute Les Quatre Saisons (Le Quattro Stagioni).
Les œuvres suivantes étaient imprimées au XVIIIe siècle chez l'éditeur Le Cene à Amsterdam et son successeur Estienne Roger et étaient classifiées dans 14 Opus.
- op.1 : 12 Sonates en trio pour 2 violons et B.C.
- op.2 : 12 Sonates pour violon et B.C.
- op.3 : 12 Concertos pour 1 et plusieurs violons « L'estro armonico »
- op.4 : 12 Concertos pour violon « La Stravaganza »
- op.5 : 12 Sonates pour 1 ou 2 violons.
- op.6 : 6 Concertos pour violon
- op.7 : 12 Concertos pour violon et hautbois
- op.8 : Concertos pour violon « Il cimento dell'armonia e dell'inventione » (incl. les 4 saisons) (1725)
- op.9 : Concertos pour violon « La Cetra »
- op.10 : 6 Concertos pour flûte
- op.11 : 6 Concertos pour violon et hautbois
- op.12 : 6 Concertos pour violon
- op.13 : 6 Sonates pour flûte et B.C. « Il Pastor Fido »
- op.14 : 12 Sonates pour violoncelle et B.C.
Classification moderne de ses œuvres
Le catalogue Ryom est le catalogue le plus récent et le plus
complet de l'oeuvre d'Antonio Vivaldi C'est lui qui est
systématiquement utilisé par les éditeurs de partition et l'industrie du disque.
(Voir la liste complète sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Catalogue_Ryom)
RV = le plus actuel et le plus complet de Peter Ryom 1973 P = celui de Marc Pincherle, collectionneur de centaines de partitions baroques, 1950 contenait des erreurs. RC = Ricordi RN = Rinaldi
F = Fanna
Bibliographie
Roland de Candé, Vivaldi, Seuil, coll. « Solfèges », 1993, 222 p. (ISBN 2020212986)
Voir aussi le site : http://www.musicologie.org/Biographies/vivaldi.html
Haut
Le Gloria en ré Majeur RV.
589 (vers 1713)
D'après http://divertimento.w.free.fr/album/oeuvres/gloriavivaldi.htmll
Le Gloria fait partie des cinq chants principaux de l'ordinaire de la messe catholique :
- Kyrie ;
- Gloria ;
- Credo ;
- Sanctus (avec Benedictus) ;
- Agnus Dei.
Le Gloria est l'un des textes les
plus longs avec le Credo d'où l'intérêt de traiter successivement ses
versets dans un style musical contrasté.
Le Gloria est une louange, dite ou
chantée, composée de trois éléments :
- les premiers mots sont empruntés à l'Évangile selon Saint
Luc, et reprennent le chant des anges s'adressant aux bergers, lors de la
Nativité ;
- suit la louange proprement dite, destinée à Dieu le Père ;
- puis le texte s'adresse au Christ, et revêt parfois l'aspect d'une
supplique, il s'achève par une évocation du Saint-Esprit.
VIVALDI se comporte avec une grande
liberté face au texte sacré : s'il lui arrive de diviser un verset en deux, il
en regroupe aussi plusieurs en un seul épisode musical et obtient ainsi 12
parties - chiffre éminemment symbolique par rapport à la Sainte-Trinité (le
Père, le Fils, et le Saint-Esprit) - , là où le plain-chant grégorien en compte
17. Haut
Analyse complète (Source : http://divertimento.w.free.fr/album/oeuvres/gloriavivaldi.html)
Le
Gloria comprend l'un des textes les plus longs avec le Credo d'où
l'intérêt de traiter successivement ses versets dans un style musical
contrasté. C'est une louange, dite ou chantée, composée de trois
éléments :
- Les premiers mots sont empruntés à l'
Evangile selon Saint Luc, et reprennent le chant des anges s'adressant
aux bergers, lors de la Nativité - suit la louange proprement dite, destinée à Dieu le Père - puis le texte s'adresse au Christ, et revêt parfois l'aspect d'une supplique , il s'achève par une évocation du Saint-Esprit.
VIVALDI,
lui se comporte avec une grande liberté face au texte sacré : s'il lui
arrive de diviser un verset en deux, il en regroupe aussi plusieurs en
un seul épisode musical, et obtient ainsi 12 parties - chiffre
éminemment symbolique par rapport à la Sainte-Trinité (le Père, le
Fils, et le Saint-Esprit) - , là où le plain-chant grégorien en compte
17.
Livret du Gloria
- Gloria in excelsis Deo "Gloire à Dieu au plus haut des cieux."
- Et in terra pax (hominibus bonae voluntatis) "Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté"
- Laudamus
Te (Benedicimus Te, adoramus Te, glorificamus Te) "Nous Te louons,nous
Te bénissons, nous T'adorons, nous Te glorifions"
- Gratias agimus tibi "Nous te rendons grâce"
- Propter magnam gloriam Tuam "Pour Ta gloire immense"
- Domine Deus (Rex coelestis, Deus pater omnipotent) "Seigneur Dieu, Roi du ciel, Dieu le Père tout-puissant"
Formation :
- 2 sopranos, - 1 contralto - chœur mixte à 4 voix orchestre à cordes, - continuo - trompette et hautbois Haut
Analyse proprement dite
I -Allegro (ré M. 4/4). Chœur et orchestre (complet)
L'orchestre présente un thème bâti sur un motif répétitif joué à l'unisson par toutes les parties instrumentales : (ritournelle)
L'intervalle
d'octave donne un caractère à la fois solennel et énergique, un élan à
cette introduction. le fait de répéter la tonique ré, avant de la
"compléter" par une formule rythmique jubilatoire (croche deux doubles,
puis deux croches), prépare irrésistiblement à la notion de
"gloire".Quant au motif de la 2ème mesure, il est repris avec davantage
de doubles- en partie en diminution - mesure 4 (violons), puis mesure 6
(trompette et hautbois) pour se transformer en un élément qui génèrera
des séries de doubles croches (surtout en tierces) aux violons à partir
de la mesure 8, en se superposant aux croches des autres parties.
Jusqu'à
l'entrée du chœur, mesure 17, se déroule ainsi une longue marche
harmonique qui s'arrête à la dominante -la-, mesure 15 (3 temps de
silence), avant une formule cadentielle amenant précisément
l'intervention chorale.
Les quatre voix apparaissent
en homorythmie , et "proclament" le mot gloria sur le rythme
caractéristique de croche pointée double et noire, deux fois de suite
sur l'accord parfait de la tonique, puis, une mesure plus loin, de la
même façon sur l'accord de la dominante. Les mots in excelsis Deo sont
ensuite traités, deux fois également (jeu d'écho f/p typique de
Vivaldi), en valeurs longues, sur une tenue de dominante ; ils peuvent
ainsi exprimer la conviction du chrétien. L'accompagnement ne comprend,
ici, que les cordes et le continuo.
De la mesure.
28 à la mesure 59, un développement reprend les mots du verset,
plusieurs fois, en des phrases plus continues et la la prosodie un peu
variée, en respectant toujours la scansion du mot gloria (dont le
rythme s'est transformé et les valeurs longues de in excelsis Deo (dont
les syllabes sont "étirées" mes. 41 et suivantes). Ce développement est
très modulant.
La ritournelle instrumentale du début
revient, parachevant la fin du développement en ré Majeur. On retrouve
les mots in excelsis Deo jusqu'à la cadence suspensive mes. 67 (comme
mes. 15, mais avec point d'orgue ).
Les dernières mesures font entendre brièvement le verset avant la formule conclusive, triomphante, de l'orchestre.
II - Et in terra pax. Andante(3/4) Chœur et orchestre
L'introduction
de 8 mesures présente les différents éléments mélodico-rythmiques qui
seront utilisés tout au long de cette pièce :- la
ligne de basse est écrite en croches répétées, qui ne s'interrompent
jamais, avec généralement une note par mesure, sauf au moment des
cadences.
- la partie d'alto ne comporte également que des croches régulières sur des argèges.
- les
violons 1 et 2 s'échangent quant à eux, tour à tour, trois motifs :
l'un en noires, le suivant en croches, et le dernier en doubles
- Ces
trois motifs ne cesseront de s'enchaîner, en imitations avec tuilages;
le troisième motif sera développé dans deux passages, superposé aux
deux pupitres de violons.
- Le chœur entre mes. 9,
avec successivement : basses, ténors une mesure après, puis, à la fin
de la phrase, altos et sopranos reprenant une octave plus haut les
mêmes lignes vocales que les hommes. On peut penser à des entrées de
fugue - sujet, réponse...-, mais le traitement non rigoureux du thème
fait qu'on appellera plutôt ce début : fugato A noter, la tension qui
résulte du "frottement" entre sol et la dièse (2de augmentée) ; cette
"dissonance" passagère, placée sur le mot pax, reviendra plusieurs fois
dans cette pièce. Ces premiers mots et in terra pax hominibus sont le
plus souvent chantés sur le même rythme, parfois aussi en une phrase
plus resserrée rythmiquement.
- Le traitement premier
des mots bonae voluntatis consiste en une lente montée chromatique (en
tout, un intervalle de quarte, avec saut d'octave final) apparaissant
successivement aux différentes voix : ténors (do # ) mes. 16, altos (fa
# ) mes. 18, sopranos (do # ) mes. 22, et basses (fa # ) mes. 24.
Ensuite la prosodie variera, sauf mes. 44 (ténors) et mes. 46 (basses)
où l'on retrouve la phrase ascendante citée. Le jeu d'entrées en
imitations perdure, pour le chœur, tout au long de ce "mouvement".
Chaque fois qu'une phrase musicale s'achève par une cadence parfaite,
aussitôt une nouvelle entrée se fait entendre à l'une des voix.
- Le
seul passage homorythmique se situe mes. 60 : les mots "bonae
voluntatis" donnent lieu à une longue et lente vocalise, sur
l'avant-dernière syllabe. Ce type de vocalise a - depuis le Moyen-Age -
une valeur contemplative ; en outre, les huit mesures au cours
desquelles elle se déploie sont extrêment mouvantes tonalement (les
modulations sont complexes et inattendues), et expriment ainsi un
certain tragique.
- La dernière phrase génère
également une vocalise, davantage ornementale et s'appuyant sur une
tenue - pédale - de dominante aux parties instrumentales et vocales
graves (des mes. 84 à 87).
- C'est dans ces deux passages que sera développé le motif en doubles croches répétées, joué superposé par les violons 1 et 2.
- Quatre mesures, rappelant l'introduction orchestrale - sans jeu d'imitations cependant concluent brièvement ce verset.
III - Laudamus Te. Allegro (sol M 2/4). Sopranos 1 et 2, orchestre
- Cet
air pour deux solistes est accompagné par un ensemble instrumental plus
léger : en effet, les violons 1 et 2 sont à l'unisson ; les altos
"suivent" en une sorte de contrechant aux rythmes plus réguliers ; le
continuo intervient de façon différenciée selon les phrases des violons.
- Une
partie instrumentale de 16 mesures introduit l'air. Le thème joué au
violon peut être séparé en plusieurs phrases (ou membres de).
- La
première phrase, commençant sur une anacrouse, est en fait une gamme de
sol M, ascendante, d'abord en noires, puis avec le rythme qui
caractérise la descente de cette gamme , se termine sur la dominante
(demi-cadence).
- La deuxième phrase est également
bâtie sur une cellule rythmique répétée, en une marche harmonique
ascendante - il y a trois " paliers" -, et débute aussi par une
anacrouse.
- La troisième phrase comporte deux
membres : l'un est une descente chromatique en croche, interrompue par
des sauts de sixte, l'autre a le rôle de formule de cadence (parfaite )
; c'est dans cette troisième phrase que les altos jouent des séries de
deux croches en "réponse" serrées aux violons.
- Le
thème instrumental du "Laudamus Te" est donc basé sur trois phrases,
qui toutes trois exploitent un motif rythmique repris 3 fois sur une
marche harmonque : = 3 ritournelles. C'est, d'autre part, la tête de la
ritournelle d'introduction que l'on retrouve à l'entrée - décalée - de
chacune des deux sopranos.
- Les solistes chantent à 3
reprises le texte du verset, avec une progression dans l'allongement
des phrases et la mise en valeur des verbes invoqués :
- Les
premiers mots sont présentés en alternance (et répétés à l'identique)
par les deux sopranos. Adoramus Te est un peu orné par la soprano 1 ;
mais c'est Glorificamus Te qui est longuement vocalisé par les deux
voix à la tierce.
- Le retour du texte (mes. 43 +
levée) conserve l'écriture parallèle des deux lignes du chant, sauf, de
même que précédemment, la 4ème expression, traitée en longs mélismes
avec imitations, puis redite en homorythmie comme conclusion ; chacune
des chanteuses "prolonge" le verset, en redisant de manière assez
libre, l'une Adoramus Te 2 fois, et l'autre Glorificamus Te orné.
- La
troisième voit les quatre invocations chantée de nouveau à la tierce,
de façon syllabique, avec ajout du 3ème verbe (2 fois) ; enfin c'est
toujours Glorificamus Te qui donne lieu à deux longues vocalises (avec
imitations serrées) similaires à celles de la deuxième phrase (mes.
53/54) et "échangées" rigoureusement entre les deux parties de solistes
(ce verbe est évidemment à relier au mot-titre).
- Entre
chaque "redite" du texte, l'orchestre fait entendre la première
ritournelle de l'introduction; le motif qui accompagne le plus souvent
le chant est le rythme : demi-soupir pointé double-croche noire, sur
saut d'octave descendante joué en décalage systématique entre
instruments aigus et graves et qui donne une certaine vivacité à
l'ensemble.
- Notons aussi que violons et altos
s'interrompent pendant les deux vocalises finales, laissant à la
dernière invocation plurielle - 2 voix = "nous" - toute son éloquence.
- C'est avec le thème initial des seize mesures d'introduction que l'orchestre conclut cette pièce.
IV - Gratias agimus tibi. Adagio (mim 4/4). Chœur et orchestre
- Il s'agit là de la pièce la plus brève de toute l'oeuvre - six mesures.
- La
phrase du verset est incomplète, et, aussi bien du point de vue du
texte que musicalement, est faite pour naturellement s'enchaîner au
mouvement suivant. (De nombreux concertos de Vivaldi comportent ainsi
un mouvement lent, court mais "tendu" harmoniquement, s'achevant par un
point d'orgue suspensif et entraînant directement le mouvement rapide
qui suit.)
- Les mots: "gratia agimus tibi" sont prononcés deux fois, sur un rythme quasi-obstiné
Orchestre
et chœur tiennent les mêmes notes, qui constituent une harmonie par
mesure. L'écriture est donc verticale, et la structure, symétrique : il
y a un point d'orgue à la fin de la 3ème, puis 6ème mesures, chaque
fois avec effet suspensif. - Cet adagio, sorte de
grand unisson syllabique, n'exprime pas la sérénité d'une conviction,
comme on pourrait s'y attendre, mais plutôt une certaine tension ;
celle-ci est due aux enchaînements d'accords inattendus et même
audacieux : on module presque à chaque mesure, et le deuxième gratias
agimus tibi, partant d'un accord suspensif, n'est qu'une suite d'autres
harmonies "tendues" (= septièmes de dominante), modulant l'une après
l'autre, pour finir en "attente" du mouvement suivant.
V - Propter magnam gloriam Tuam. Allegro (mim 2/2). Chœur et orchestre
- Chœur et orchestre commencent sans introduction instrumentale, puisqu'il s'agit de la fin de la phrase du verset.
- Ce
mouvement est un assez court fugato dont chacune des voix est doublée
par l'un des pupitres de l'orchestre ; les entrées, toutes à intervalle
d'une mesure, se font de l'aigu au grave (ordre inverse du et in terra
pax).
- Le thème proprement dit est écrit sur deux
mesures ; il part sur la dominante de mi m. - degré "suspendu" juste
avant -, place les premiers mots propter magnam sur quatre noires
répétées, puis évolue en une vocalise optimiste pour la première
syllabe de gloriam, et s'achève sans le mot tuam, avec le rythme :
noire pointée croche
- Lorsque l'entrée se fait
sur le 5ème degré, c'est la tonique qui est vocalisée, le contraire
étant également vrai ; Vivaldi a là recours à la mutation, procédé
fréquemment utilisé dans l'écriture d'une fugue.
- Chaque
mesure connaît une nouvelle entrée, soit avec le thème initial tel que
décrit plus haut, soit avec son "raccourci" - rythmes du début et de la
fin du thème, soit encore avec le rythme respecté, mais non
l'intervalle - saut de quarte ou de quinte - intervenant après les
quatre noires pointées. En outre, les entrées se réalisent parfois à
plusieurs, ou avec un décalage différent. Cette variété permanente rend
la pièce foisonnante de vie. Mesure II, les quatre parties terminent la
phrase ensemble, pour mieux repartir en un fugato plus serré, où le
mélisme sur glo- est plus développé, modulant avec marches harmoniques,
avec des valeurs rythmiques plus longues, et qui conclut la pièce avec
beaucoup de solemnité. (Il est à rappeler la mise en valeur des mots
issus du titre de l'oeuvre, ici "gloriam "comme "glorificamus " dans le
troisième verset.
VI- Domine Deus. Largo (do M 12/8). Soprano 1, hautbois solo (ou violon) et continuo
- On
retrouve ici l'introduction instrumentale comme ritournelle, d'autant
qu'il s'agit d'un solo. Longue de près de neuf mesures, la mélodie de
l'instrument soliste qui prélude à l'air de la soprano s'appuie
essentiellement sur le tythme de sicilienne; cela peut exprimer
simplicité, confiance, tendresse, évoquer une barcarolle dont l'assise
rythmique est un estimato - 3 croches, dont la seconde fait presque
systématiquement un saut d'octave.
- L'entrée
de la chanteuse, si elle ne reprend pas exactement la ritournelle
d'introduction, lui est similaire puisqu'allant sur les mêmes accords.
Avant que le soliste instrumental ne réapparaisse, elle a moins de
rythmes de sicilienne, mais vocalise sur le mot "pater".
- Il
y a véritablement dialogue entre les deux solistes de même registre :
soit parallélisme à la tierce, soit alternance - pas de réelle
imitation.
- Le texte du verset est chanté trois fois,
avec quelques répétitions, et une importance grandissante donnée au mot
pater ; ses mélismes se font sur des croches régulières.
- Les
sept mesures de conclusion reprennent la ritournelle de l'instrument
soliste, avec une fin qui ressemble au dernier pater omnipotens de la
soprano.
Haut
Source : http://www.ac-bordeaux.fr/Pedagogie/Musique/analyse.htm
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