 | Haendel
Georg
Friedrich Haendel (23 février 1685, Halle - 14
avril 1759, Londres) est un musicien d'origine allemande,
naturalisé anglais. Devenu citoyen britannique il se nommait
lui-même George Frideric Handel.
Son
nom connaît plusieurs graphies : en allemand, Händel
peut aussi s'écrire Haendel (orthographe
souvent préférée en
français) et, après son installation en
Angleterre, l'intéressé l'écrivait
sans tréma : Handel, qui est la
manière retenue par les anglophones.
|
HALLE
Son
père, Georg Händel, né en 1622, est un
chirurgien-barbier de confession luthérienne qui, devenu
veuf en 1682, s'est remarié l'année suivante avec
Dorothea Taust, fille d'un pasteur beaucoup plus jeune que lui. Georg
Friedrich est leur premier enfant, aîné de deux
sœurs.
Son père
rêve pour lui d'une carrière de juriste, bien
qu'il montre des dons précoces pour la musique. À
contrecœur, il lui fait prendre des cours auprès
de l'organiste Friedrich Wilhelm Zachow qui lui donne une
éducation musicale complète ; il apprend
à jouer du clavecin, de l'orgue, du violon, du hautbois. Il
se met très tôt à composer des
œuvres instrumentales et vocales.
En 1697, un séjour
à Berlin le met en contact avec la cour du roi de Prusse qui
reconnaît ses dispositions pour la musique, mais il revient
à Halle à la demande de son père, qui
meurt quatre jours avant son retour. Pour respecter la
volonté paternelle, il poursuit ses études
juridiques, tout en continuant sa pratique musicale.
Vers 1702, il est
engagé à la cathédrale de Halle en
tant qu'organiste titulaire, et se lie avec Georg Philipp Telemann
d'une amitié durable.
Hambourg
Il reste peu de temps
à ce poste qu'il quitte pour s'installer à
Hambourg, centre musical le plus important de l'Allemagne du Nord, et
qui possède un opéra renommé -
Händel y prendra contact avec l'opéra italien. Il y
donne des cours, rencontre Johann Mattheson, son
aîné de quatre ans, qui est
déjà un musicien notoire et dont il devient l'ami
fidèle – malgré quelques
épisodes orageux. Ils vont ensemble à
Lübeck entendre et rencontrer le fameux Dietrich Buxtehude,
puis reviennent à Hambourg. Mattheson lui ouvre de
nombreuses portes, tous deux échangent leurs conseils et
Händel peut, entre autres, faire représenter ses
deux premiers opéras, Almira et Nero.
C'est aussi à Hambourg que Händel lie connaissance
avec des diplomates anglais, ce qui sera déterminant sur sa
carrière future.
L'Italie
En 1706, sur la suggestion du
prince Gian Gastone de Médicis, il part pour l'Italie
où il séjourne trois ans. Ce séjour
est décisif dans l'évolution de son style et de
sa carrière ; Florence, Rome, Naples, Venise sont
les villes où il parvient à se faire une grande
réputation, tant comme instrumentiste (à l'orgue,
au clavecin, au violon) que comme compositeur d'œuvres
sacrées ou profanes très remarquées
(le psaume Dixit Dominus, l'oratorio la
Resurrezione, les opéras Rodrigo,
Agrippina, des dizaines de cantates
italiennes, etc.) Ce voyage est l'occasion pour lui de
côtoyer de nombreux musiciens
célèbres : Bernardo Pasquini, Giovanni
Bononcini, Arcangelo Corelli, Alessandro et Domenico
Scarlatti : avec ce dernier, il participe à une
joute musicale à l'orgue et au clavecin : il est
reconnu supérieur à Scarlatti pour le jeu de
l'orgue et les deux musiciens feront jeu égal au clavecin.
Néanmoins, ces deux-là resteront liés
par une amitié durable. Händel restera
marqué pendant tout le reste de son existence par ces
années de jeunesse qu'il passe dans la
« patrie » de la musique et par
l'influence profonde qu'ont exercée sur lui les compositeurs
majeurs que sont Corelli (dont il se souviendra dans ses sonates pour
violon, ses concertos grossos) et Alessandro Scarlatti, le
maître de l'opéra napolitain.
Hanovre
Au début de 1710, il
quitte Venise pour Hanovre où on lui a proposé le
poste de maître de chapelle de l'Électeur Georg
Ludwig. À peine arrivé, il demande un
congé pour se rendre à Londres :
l'Angleterre qui n'a plus de grand compositeur depuis la mort de
Purcell attire beaucoup de musiciens continentaux formés
à la musique italienne. Il y fait jouer plusieurs de ses
œuvres qui remportent beaucoup de succès. Il
retourne à son poste à Hanovre, tout en restant
en contact avec les nombreuses relations qu'il a nouées
à Londres. Enfin, en 1712, il demande un nouveau
congé temporaire pour retourner à
Londres : les circonstances feront qu'il s'y
établira définitivement. Les succès
remportés auprès du public, de l'aristocratie et
de la Cour le conduisent en effet à rester à
Londres au-delà du terme fixé.
L'Angleterre
Cette
« désertion » aurait
pu lui porter préjudice, car, à la mort de la
reine Anne en 1714, c'est précisément son cousin
éloigné l'Electeur de Hanovre qui devient roi
d'Angleterre sous le nom de George Ier.
Mais celui-ci ne tient pas rigueur à son maître de
chapelle et lui conserve son poste et sa pension.
Haendel, qui ne fondera pas de
famille, sera naturalisé anglais en 1726. Les
premières années de son installation en
Angleterre voient la composition de nombreuses œuvres, pour
l'opéra ou les instruments, en particulier les trois suites
de la fameuse Water Music (1717), des concertos,
les huit suites pour clavecin (1720). Vers 1717 ou 1718, il s'installe
pour deux ans chez un mécène fastueux, le duc de
Chandos.
Puis il participe à
partir de 1719 à la création de la Royal Academy
of Music, société dont le but est de monter des
opéras à Londres au Haymarket Theater. Il en est
le directeur musical et se rend sur le continent pour embaucher des
chanteurs de talent. Après de débuts triomphants,
Haendel affronte la venue d'un rival qu'il a connu en Italie :
Giovanni Bononcini. La concurrence sera vive, Haendel produisant
à cette époque de nombreux
chefs-d'œuvre (notamment Giulio Cesare, Tamerlano,
Rodelinda) et tournera à son
avantage avant que les difficultés financières ne
s'accumulent, entraînant la fermeture de l'Academy
à la fin de la neuvième saison. En 1727, Haendel
compose la musique de couronnement du nouveau roi George II (Coronation
anthems).
Il remonte en 1729, presque
seul, une seconde académie qui fonctionnera jusqu'en 1732,
avant de sombrer elle aussi dans les difficultés
financières bien qu'il multiplie créations et
reprises d'œuvres déjà
consacrées. C'est en 1730 qu'il retourne à Halle
pour y voir une dernière fois sa mère, qui meurt
peu de temps après. Ayant appris sa présence non
loin de Leipzig, Jean-Sébastien Bach lui fait invitation
à venir le voir, mais les deux grands compositeurs ne se
rencontreront jamais. Du début des années 1730
datent ses premières réalisations dans le domaine
de l'oratorio en anglais.
En 1733, Haendel
démarre une troisième Academy qui ne durera que
trois ans, malgré l'énergie
dépensée par le compositeur pour multiplier les
nouvelles créations qui rencontrent parfois de grands
succès. Il est en effet confronté à la
concurrence du Nobility Opera, animé par deux compositeurs, Hasse et Porpora.
Difficultés financières, mésententes
entre artistes, coteries provoquent la fin de cette entreprise de
même que celle du Nobility Opera. Le surmenage est sans doute
la cause d'un premier accident de santé
(infarctus ?) qui le paralyse partiellement et l'atteint
moralement. Mais il se rétablit très rapidement
après une cure thermale à Aix-la-Chapelle.
À cette époque (1737) meurt la reine Caroline,
qui l'a connu enfant à Berlin, qui a
été un soutien fidèle et pour laquelle
il compose un Funeral Anthem.
Haendel est doté
d'une énergie farouche. Il continue à composer,
à exécuter et faire représenter des
opéras, des concertos grossos, et il commence à
exploiter la veine des oratorios, avec Saül
et Israel in Egypt. En intermède de ses
oratorios, il exécute ses concertos pour orgue qui
remportent un vif succès. Ces concertos sont au nombre de
seize, dont les six premiers sont publiés en 1738 sous le
titre d'opus 4. L'opus 7 qui en rassemble six autres sera
publié en 1760 après la mort du compositeur.
C'est en 1741 que Haendel produit son dernier opéra, Deidamia.
Il va dorénavant consacrer sa production lyrique
à l'oratorio et écrit coup sur coup Messiah
(le Messie, un de ses plus grands chefs
d'œuvre) en 24 jours et Samson puis se
rend, sur l'invitation du lord lieutenant d'Irlande, à
Dublin où il séjourne pendant plusieurs mois,
jusqu'en août 1742 et où ses œuvres
rencontrent de très grands succès.
De retour à Londres,
il se remet au travail de façon acharnée. Il
subit une seconde attaque de paralysie dont il se remet à
nouveau. Il continue à composer de nombreux
chefs-d'œuvre, dans le domaine de l'oratorio comme dans la
musique instrumentale. La Royal Firework Music est
l'une de ses œuvres les plus connues et les plus populaires,
à juste titre. Composée en 1749 pour
célébrer le traité de paix mettant fin
à la Guerre de succession d'Autriche, cette musique
fastueuse est emblématique de l'art de Haendel. Elle se
situe dans la tradition de l'école versaillaise de
Jean-Baptiste Lully, Delalande, Mouret, Philidor et en constitue comme
le couronnement par son caractère grandiose et solennel
magnifiquement adapté à l'exécution en
plein air. Les dernières œuvres sont, à
nouveau, des oratorios, mais la santé du musicien
décline malgré sa robuste constitution et les
cures thermales. Il subit de nouvelles attaques paralysantes et devient
aveugle après l'intervention ratée du meilleur
spécialiste de l'époque, John Taylor, qui avait
déjà opéré sans
succès Jean-Sébastien Bach. Il continue
malgré tout à s'intéresser
à la vie musicale, et meurt le 14 avril 1759, jour du Samedi
Saint. Il est enterré à l'abbaye de Westminster.
[Haut]
Elle est très
importante dans tous les genres pratiqués de son temps, et
son catalogue (HWV pour Händels Werke Verzeichnis)
comprend plus de 600 numéros, ce qui n'est pas
très significatif car :
-
un seul numéro
peut s'appliquer à un simple menuet isolé comme
à un opéra complet ;
-
plusieurs transcriptions de
la même œuvre pour différentes
exécutions peuvent constituer ou participer à de
numéros différents.
Quoi qu'il en soit, il s'agit
d'un ensemble considérable. Quelques œuvres
particulièrement marquantes :
-
Water Music
-
Royal Firework Music
-
sonates pour divers
instruments (violon, flûte, hautbois)opus 1
-
13 sonates en trio opus 2 et
opus 5
-
18 concerti grossi opus 3 et
opus 6
-
12 Concertos pour orgue opus
4 et opus 7 + 4 séparés
-
Concerto pour harpe opus 4
N°5 (également pour orgue)
-
3 Concertos pour hautbois
-
Les 8 « grandes
» suites pour clavecin (1720)
-
Dixit Dominus
-
Chandos Anthems
[Haut]
Caractères de la
musique de Haendel
Opéras
Les 42 opéras de
Haendel se situent dans la tradition italienne du Dramma per
musica avec alternance de recittativo secco
et d' arias da capo. Au cours du temps, son style a
évolué sans jamais rompre avec cette tradition.
Ainsi, il introduit un récitatif accompagné (par
exemple dans Orlando) pour mieux renforcer
l'expression d'un sentiment particulier. Parfois aussi, il termine un
aria sur la seconde partie sans reprendre au da capo
mais en enchaînant immédiatement sur un
récitatif.
En dehors des arias de soliste,
il compose aussi des duos, de rares trios et un seul quatuor. Haendel
n'a au début écrit de parties chorales que pour
la fin de l'opéra : ils y sont chantés
par les protagonistes. C'est seulement en 1735 qu'il semble avoir
composé un choeur autonome. la même
année, il écrivit des ballets pour les
opéras Alcina et Ariodante représentés
à Covent Garden car il avait alors à sa
disposition un corps de ballet.
Les ouvertures ont la structure
"à la française" mise au point par Lully. Les
livrets suivent très souvent la tradition
vénitienne. Malgré la grande
popularité de son contemporain Métastase - dont
les livrets furent souvent mis en musique par plusieurs compositeurs
successifs - il ne fit appel à cet auteur que trois fois
pour ses propres opéras.
Musique religieuse
La musique religieuse de
Haendel comprend quelques oeuvres en allemand (ex. Passion
selon Brockes), des psaumes en latin, les pièces
mises en musique sur des paroles en italien et les oeuvres sur des
textes en anglais. Parmi les compositions sur des textes en latin, on
distingue tout particulièrement Dixit Dominus,
Laudate pueri et Nisi Dominus.
Les premières pièces des début
à Londres sont d'un caractère intimiste
lié à la modestie des moyens
d'interprétation dont disposait le compositeur :
ainsi des Chandos anthems.
[Haut]
L'art
de Haendel
Comme beaucoup de ses
contemporains, Haendel est un compositeur extrêmement
fécond. Il a produit dans à peu près
tous les genres pratiqués à son époque
des œuvres qui en représentent bien souvent le
sommet, que ce soit en musique instrumentale ou vocale. Dans ce dernier
domaine, ce musicien allemand a produit peu d'œuvres dans sa
langue maternelle, mais il a rivalisé, en italien, avec les
spécialistes italiens de la cantate et de l'opéra
et il est, en anglais, le premier successeur et rival digne de Henry
Purcell.
Son style, très
reconnaissable, allie l'invention mélodique, la verve et la
souplesse d'inspiration des Italiens, la majesté et
l'amplitude des thèmes du Grand-Siècle
français, le sens de l'organisation et du contrepoint des
allemands.
Un trait distinctif est le
dynamisme qui émane de cette musique, à
l'imitation du personnage : une force de la nature, que l'on
devine à l'aise et s'imposant dans n'importe quelle
société. Ses thèmes ne savent pas
respirer l'ennui, c'est une énergie débordante,
une verve d'extraverti qu'on imagine mal peaufiner son
ouvrage : Haendel composait très vite et savait
inventer, de manière instinctive, des mélodies
très populaires, qui coulent de façon
évidente et que l'on mémorise avec
facilité.
L'importance de sa production
va de pair, comme chez beaucoup de ses contemporains, même
les plus doués, (Bach, Telemann, Rameau, etc.) avec une
réutilisation fréquente de ses thèmes
les plus réussis, qu'il n'est pas rare de retrouver parfois
à l'identique dans plusieurs œuvres,
éventuellement transcrites, transposées,
adaptées … Il n'hésitait pas, par
ailleurs, à faire siens des thèmes d'autres
compositeurs, et ces emprunts sont nombreux :
François Couperin, Georg Muffat, Johann Kuhnau, Johann
Kaspar Kerll entre autres lui en ont fourni. Mais il n'était
pas seul à le faire, et Bach lui-même
était redevable à certains de ses
collègues. Multiples versions des mêmes
œuvres, sources contradictoires, pillage par d'autres
musiciens, éditions pirates faites sans l'aval et la
révision du compositeur rendent difficile le travail du
musicologue, surtout lorsque la quantité des
pièces qui ressortent d'une catégorie (cantates
italiennes, pièces isolées pour le clavecin,
…) est si importante. Seuls sept recueils de
pièces instrumentales portent un numéro d'opus.
Sa science du contrepoint est
très solide, mais étant avant tout praticien, ses
recherches en ce domaine ne sont en rien comparables à
celles de Jean-Sébastien Bach, musicien sans doute plus
spéculatif et plus introverti : il recherche
beaucoup plus que celui-ci à faire effet grâce
à ses dons dramatiques. Cela explique sans doute que l'un
n'ait jamais écrit d'opéra ou d'oratorio
à vocation dramatique alors que l'autre y a
consacré l'essentiel de sa carrière et de son
énergie. Sa profonde compréhension de l'humain,
donc des personnages, le prédestinait aussi à
cette activité.
En fait, si les deux hommes,
exacts contemporains issus de la même région
d'Allemagne, représentent ensemble le sommet de la musique
baroque européenne et sont morts aveugles après
avoir été opérés par le
même chirurgien, tout le reste les oppose : Bach,
marié deux fois, a eu plus de vingt enfants dont quatre
musiciens doués quand Haendel est resté
célibataire ; le premier n'a quasiment pas
quitté sa région d'origine, pendant que l'autre
sillonnait l'Europe ; Bach est chez lui dans la musique
religieuse alors que Haendel a composé surtout de la musique
profane. Bach, a été relativement
ignoré de son vivant et bien vite oublié
après sa mort alors que Haendel a connu les plus grands
succès, avant et après sa disparition, sans
connaître l'éclipse de 80 ans qui a fait presque
oublier celle de Bach.
Ces deux grands musiciens se
connaissaient par leur musique et leur réputation
respectives ; ils faisaient tous deux partie de la
même société savante et avaient de
nombreuses relations communes. Il faut certainement
interpréter le fait que Haendel ne se soit jamais
dérangé pour rencontrer Bach - alors qu'il
hésitait si peu à voyager et à
rencontrer tous ses collègues - soit par le sentiment de ne
pas être - pour une fois ! - à la
hauteur, soit par celui de leur incommunicabilité
réciproque.
[Haut]
De son vivant, Händel
a connu un important succès en Italie et en Grande-Bretagne,
mais aussi en France, où certaines de ses œuvres
instrumentales ont été entendues au Concert
Spirituel.
Après sa mort, ses
opéras sont tombés dans l'oubli, tandis que sa
musique sacrée continuait de rencontrer un certain
succès, surtout en Grande-Bretagne. Cela s'est traduit
notamment par la permanence du compositeur, formant ce que les
musicologues appellent le développement du classicisme.
Haendel faisait partie des compositeurs
interprétés dans les Concerts of
Ancient Music.
Au XIXe siècle,
Händel est surtout apprécié pour son
œuvre religieuse, tant en France qu'en Grande-Bretagne.
À Paris, Choron contribue pour beaucoup à le
mettre à l'affiche des concerts. L'œuvre de
Händel est particulièrement
appréciée pour mettre en valeur les
chœurs professionnels et les chorales d'amateurs et la
célébrité de l'Hallelujah
du Messiah est grande. On exécute aussi
volontiers certaines de ses compositions particulièrement
chatoyantes (concertos pour orgue, Royal Fireworks Music, Water Music
...)
À partir des
années 1960, le reste de son œuvre est
redécouvert, en particulier ses opéras.
Händel bénéficie pleinement du renouveau
de la musique baroque. Plusieurs de ses opéras sont
à nouveau montés et enregistrés.
Dès lors, la musique instrumentale (de chambre) et la
musique vocale profane de Händel sortent également
de l'oubli.
[Haut]
Opéras de Haendel
| HWV | Titre | Première | Lieu | Remarque |
|---|
| 1 | Almira | 8 janvier 1705 | Theater am Gänsemarkt,
Hambourg | | | 2 | Nero | 25
février 1705 | Theater am Gänsemarkt,
Hambourg | musique
perdue | | 3 | Florindo | 1708 | Theater am Gänsemarkt,
Hambourg | musique
perdue | | 4 | Daphne | 1708 | Theater am Gänsemarkt,
Hambourg | musique
perdue | | 5 | Rodrigo | 1707 | Florence | | | 6 | Agrippina | fin
1709/début 1710 | Teatro
San Giovanni Grisostomo, Venise | | | 7a/b | Rinaldo | 24
février 1711 | Queen's
Theatre, Londres | | | 8a/b/c | Il
pastor fido | 12 novembre 1712 | Queen's
Theatre, Londres | | | 9 | Teseo | 10 janvier 1713 | Queen's
Theatre, Londres | | | 11 | Amadigi | 25 mai 1715 | King's
Theatre, Londres | | | 12a/b | Radamisto | 27 avril 1720 | King's
Theatre, Londres | | | 13 | Muzio Scevola | 15 avril 1721 | King's
Theatre, Londres | 3e
acte seul | | 14 | Floridante | 9
décembre 1721 | King's
Theatre, Londres | | | 15 | Ottone | 12 janvier 1723 | King's
Theatre, Londres | | | 16 | Flavio | 14 mai 1723 | King's
Theatre, Londres | | | 17 | Giulio Cesare | 20
février 1724 | King's
Theatre, Londres | | | 18 | Tamerlano | 31 octobre 1724 | King's
Theatre, Londres | | | 19 | Rodelinda | 13
février 1725 | King's
Theatre, Londres | | | 20 | Scipione | 12 mars 1726 | King's
Theatre, Londres | | | 21 | Alessandro | 5 mai 1726 | King's
Theatre, Londres | | | 22 | Admeto | 31 janvier1727 | King's
Theatre, Londres | | | 23 | Riccardo Primo | 11 novembre 1727 | King's
Theatre, Londres | | | 24 | Siroe | 17
février1728 | King's
Theatre, Londres | Livret
de Métastase | | 25 | Tolomeo | 30 avril 1728 | King's
Theatre, Londres | | | 26 | Lotario | 2
décembre1729 | King's
Theatre, Londres | | | 27 | Partenope | 21
février1730 | King's
Theatre, Londres | | | 28 | Poro | 2
février1731 | King's
Theatre, Londres | Livret
de Métastase | | 29 | Ezio | 11 janvier 1732 | King's
Theatre, Londres | Livret
de Métastase | | 30 | Sosarme | 15
février 1732 | King's
Theatre, Londres | | | 31 | Orlando | 27 janvier 1733 | King's
Theatre, Londres | | | 32 | Arianna | 26 janvier1734 | King's
Theatre, Londres | | | 33 | Ariodante | 8 janvier1735 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 34 | Alcina | 16 avril 1735 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 35 | Atalanta | 12 mai 1736 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 36 | Arminio | 12 janvier1737 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 37 | Giustino | 16
février1737 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 38 | Berenice | 18 mai 1737 | Covent Garden Theatre, Londres | | | 39 | Faramondo | 3 janvier1738 | King's
Theatre, Londres | | | 40 | Serse | 15 avril 1738 | King's
Theatre, Londres | | | 41 | Imeneo | 22 novembre 1740 | Theater
in Lincoln's Inn Fields,
Londres | | | 42 | Deidamia | 10 janvier1741 | Theater
in Lincoln's Inn Fields,
Londres | |
Haut
Oratorios, drames musicaux et
masques
| HWV | Titre | Première | Lieu |
|---|
| 49a/b | Acis and Galatea | probablement 1718 | près
de Londres | | 50a/b | Esther | probablement 1718 | près
de Londres | | 51 | Deborah | 21
février 1733 | King's
Theatre, Londres | | 52 | Athalia | 10 juillet 1733 | Sheldonian Theatre, Oxford | | 53 | Saul | 16 janvier 1739 | King's
Theatre, Londres | | 54 | Israel in Egypt | 4 avril 1739 | King's
Theatre, Londres | | 55 | L'Allegro,
il Penseroso ed il Moderato | 27
février 1740 | Theater
in Lincoln's Inn Fields,
Londres | | 56 | Messiah | 13 avril 1742 | New
Music Hall, Dublin | | 57 | Samson | 18
février 1743 | Covent Garden Theatre, Londres | | 58 | Semele | 10
février 1744 | Covent Garden Theatre, Londres | | 59 | Joseph and his Brethren | 2 mars 1744 | Covent Garden Theatre, Londres | | 60 | Hercules | 5 janvier 1745 | King's
Theatre, Londres | | 61 | Belshazzar | 27 mars 1745 | King's
Theatre, Londres | | 62 | The Occasional Oratorio | 14
février 1746 | Covent Garden Theatre, Londres | | 63 | Judas Maccabaeus | 1 avril 1747 | Covent Garden Theatre, Londres | | 64 | Joshua | 9 mars 1748 | Covent Garden Theatre, Londres | | 65 | Alexander Balus | 23 mars 1748 | Covent Garden Theatre, Londres | | 66 | Susanna | 10
février 1749 | Covent Garden Theatre, Londres | | 67 | Solomon | 17 mars 1749 | Covent Garden Theatre, Londres | | 68 | Theodora | 16 mars 1750 | Covent Garden Theatre, Londres | | 69 | The Choice of Hercules | 1 mars 1751 | Covent Garden Theatre, Londres | | 70 | Jephtha | 26
février 1752 | Covent Garden Theatre, Londres | | 71 | The Triumph of Time and Truth | 11 mars 1757 | Covent Garden Theatre, Londres | | 75 | Alexander's Feast | 19
février 1736 | King's
Theatre, Londres | | 76 | Ode for St. Cecilia's Day | 22 novembre 1739 | Theater
in Lincoln's Inn Fields,
Londres |
Haut
|
Rinaldo
(d'où
est extrait le "laschia ch'io pianga")
Opéra en 3 actes,
sur un livret d'Aaron Hill, librement adapté de La
Jérusalem délivrée du Tasse, et
traduit en italien par Giacomo Rossi. Aaron Hill était le
directeur du Haymarket Theatre, magnat d'industrie mais aussi homme de
lettres. L'opéra fut représenté dans
son théâtre, et dans une mise en scène
extravagante, le 24 février 1711 (HWV 7a).
Haendel était
arrivé à Londres en décembre 1710,
ayant obtenu un congé de l'électeur
Georges-Ludwig de Hanovre, alors qu'il avait pris son poste de
Kapellmeister au mois de juin de la même année.
Il écrivit Rinaldo
en quatorze jours, réutilisant des airs d'Almira, Agrippina,
Acis, Galatea et Polifemo.
La distribution comprenait
Francesca Vanini-Boschi, contralto (Goffredo), Isabella Girardeau,
soprano (Almirena), Niccolo Grimaldi, dit Nicolini, castrat alto (*)
(Rinaldo), Valentino Urbani, dit Valentini, castrat alto (Eustazio),
Giuseppe Maria Boschi, basse (Argante), Elisabetta
Pilotti-Schiavonetti, dite Pilotti, soprano (Armida), Giuseppe Cassani,
castrat alto (Mago), M. Lawrence, ténor
(Aroldo). Haendel dirigeait du clavecin.
L'oeuvre fut jouée
à Dublin, la même année, par la troupe
de Nicolini.
L'opéra fut repris
à Haymarket :
-
le 23 janvier 1712, avec Nicolini (Rinaldo, la
signora Manina (Almirena), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti (Armida),
Salomon Bendeler (1683 - 1724), fils de l'organiste allemand Johann
Philipp Bendeler (Argante), Margherita de l'Epine (Eustazio), Jane
Barbier (Eustazio) ;
-
les 6 et 9 mai 1713, dans une distribution
comprenant Margherita de L'Epine, soprano (Goffredo), la signora
Manina, soprano (Almirena), Jane Barbier, contralto (Rinaldo) ;
-
en décembre 1714, pour dix
représentations du 30 décembre au 19
février suivant - le nouveau roi d'Angleterre, George Ier,
ancien électeur de Hanovre, et donc employeur de Haendel,
assista à celle du 15 décembre 1714 -, et le 25
juin 1715, avec Caterina Galerati, soprano (Goffredo), Anastasia
Robinson, soprano (Almirena), et Jane Barbier, contralto (Rinaldo) ;
-
en janvier 1717,
pour 7 représentations du 5 janvier au 9 mars, et en mai
1717, pour trois représentations, les 2 et 18 mai, et le 5
juin, avec Antonio Maria Bernacchi, alto-castrato (Goffredo), Anastasia
Robinson, soprano (Almirena), Nicolo Grimaldi, dit Nicolini,
alto-castrato (Rinaldo), Gaetano Berenstadt, alto-castrato (Argante),
Elisabetta Pilotti-Schiavonetti, dite la Pilotti, soprano (Armida).
Rinaldo fut monté
à Hambourg en 1715, en allemand, et à Naples, en
1718, en italien.
Une seconde version fut
représentée à Londres, au Lincoln's
Inn Fields , le 6 avril 1731 (HWV 7b), pour six
représentations jusqu'au 1er mai,
dans le cadre de la seconde saison de la Nouvelle Académie,
comprenant deux nouvelles symphonies et 6 arias. La distribution
réunissait Annibale Pio Fabri, dit Balino, ténor
(Goffredo), Anna Maria Strada del Pò, soprano (Almirena),
Francesco Bernardi, dit Senesino (alto-castrato (Rinaldo), Francesca
Bertolli, contralto (Argante), Antonia Maria Merighi, contralto
(Armida), Giovanni Giuseppe Commano (basse (Mago cristiano).
Rinaldo fut
représenté à Londres 53 fois du vivant
de Haendel, plus qu'aucun autre opéra de Haendel.
(*) Nicolo Grimaldi,
né à Naples en 1673. Il débuta dans la
Stellidaura vendicante de Provenzale à l'âge de
douze ans. Chanta dans les opéra d'Alessandro Scarlatti,
puis quitta Naples pour Bologne, Venise et Londres (deux
séjours 1708 - 1712 et 1715 - 1717). Chanteur agile, il
devint progressivement un excellent tragédien. Mort en 1732.
Personnages : Rinaldo (Renaud),
héros du camp latin (castrat soprano - 1711, castrat alto -
1731) ; Armida (Armide), magicienne, reine de Damas (contralto - 1711,
ténor - 1731) ; Goffredo (Godefroy),
général en chef de l'armée
chrétienne (basse - 1711, alto - 1731) ; Argante (Argant),
roi de Jérusalem, amant d'Armide (soprano) ; Almirena
(Almirène), fille de Godefroy, fiancée
à Renaud (castrat alto) ; Eustazio (Eustache),
frère de Godefroy (castrat alto - 1711), Mago cristiano
(Mage chrétien) ; Donna (une Femme) ; Sirene (les
Sirènes) ; Araldo (un Héraut).
[Haut]
Synopsis
détaillé
Acte I
La ville de
Jérusalem assiégée par les
croisés, avec, en perspective, une porte par laquelle les
soldats partent pour la bataille. D'un côté, on
voit une grande tente avec un trône sur lequel est assis
Godefroy entouré par les gardes, Renaud, Almirène
et Eustache.
(1) Dans l'attente de la
victoire, Goffredo (ou Godefroy), capitaine
général de l'armée
chrétienne (haute-contre ou contralto), promet la main de sa
fille Almirena (ou Almirène) (soprano) au héros
Rinaldo (ou Renaud) (mezzo-soprano). Almirène engage Renaud
à aller chercher la gloire dans la bataille et lui promet
son coeur. Renaud fait part à Eustazio (ou Eustache),
frère de Godefroy (contralto) de son impatience.
On entend un sonneur de trompe
qui annonce l'arrivée d'un héraut
envoyé de la ville, qui vient se présenter
à Godefroy, accompagné de deux gardes.
(2) Le héraut
sarrasin annonce qu'Argante, roi de Jérusalem,
quémande une entrevue avec Godefroy. Celui-ci accepte.
Argante sort de la ville sur un
char triomphal tiré par des chevaux, suivi d'un grand nombre
de gardes à pied et de cavaliers. Descendant avec un
cortège solennel, Argante s'approche de Godefroy venu
à sa rencontre.
(3) Argante (basse) demande une
trêve de trois jours. Son aria Sibillar gli angui d'Aletto
est un magnifique défi pour les basses, qui provient
directement de la cantate Aci, Galatea e Polifemo. Godefroy accepte
sans hésiter. (4) Argante, qui a davantage confiance dans
les ruses de son amante Armide que dans la force des armes de ses
troupes, se réjouit du résultat de son
intervention. (5) Armida (ou Armide) (soprano) apparaît sur
un char tiré par deux dragons qui crachent des flammes et de
la fumée en mugissant. Elle invoque les Furies. Le char
arrive à terre, les dragons le tirent jusqu'en
présence d'Argante. Armide à Argante que seule la
disparition de Renaud pourra assurer la défaite des
croisés et annonce qu'elle entreprendra elle-même
de l'éliminer.
Lieu de délices avec
fontaines, allées, volières, dans lesquelles
volettent et chantent des oiseaux.
(6) Renaud et
Almirène échangent des serments d'amour. Selon
Winton Dean, le charmant air d'Almirena, Augelletti che cantate, aurait
été accompagné, en 1711, non seulement
par des flûtes à bac mais encore par un
lâcher d'oiseaux vivants. Almirène chante un
ravissant duo avec Renaud. (7) Armide fait une apparition soudaine et,
faisant appel à ses pouvoirs surnaturels, elle tente
d'arracher Almirène des bras de Renaud. Celui-ci
résiste et tire son épée contre Armide
qui saisit aussi une arme et s'apprête à se battre
; mais alors qu'ils vont commencer, un nuage noir, rempli de monstres
affreux qui crachent du feu et de la fumée en mugissant,
vient recouvrir Almirène et Armide et les enlève
dans les airs, laissant à leur place deux affreuses furies
qui, après avoir raillé Renaud, disparaissent
sous terre. La plainte émouvante de Renaud Cara sposa
s'élève alors ; il ne possède pas le
pouvoir d'intervenir. (8) Lorsque arrivent Godefroy et Eustache
(contralto), Renaud est immobile, les yeux fixés au sol, en
proie à un grand trouble. Il raconte comment
Almirène lui a été
arrachée. Eustache propose de recourir à l'aide
d'un mage chrétien (9) Renaud retrouve espoir et jure
vengeance dans un air d'une grande virtuosité Venti,
turbini, prestate.
[Haut]
Acte II
Grande mer paisible dans
laquelle se reflète un arc-en-ciel splendide ;
près du rivage est ancré un bateau au timon
duquel se tient un esprit qui a pris les traits d'une belle jeune
femme. Deux Sirènes s'ébattent dans les ondes.
(1) Eustache annonce
à Renaud et Godefroy qu'ils arrivent au port. (2) Renaud et
Godefroy sont impatients de rencontrer le mage. (3) Alors qu'ils se
mettent en route, la Femme qui se tient sur le bateau invite Renaud
à y monter, en lui faisant croire qu'elle est
envoyée par Almirène qui l'attend sur une plage
solitaire. Les Sirènes (sopranos) chantent et bondissent.
Renaud hésite puis s'élance brusquement pour
entrer dans le bateau. Godefroy et Eustache tentent de le retenir. La
Femme l'appelle à nouveau, et c'est en vain que Godefroy, et
Eustache lui rappellent des devoirs et dénoncent le
piège dans lequel il va tomber. Renaud entre dans le bateau.
Aussitôt la Femme cingle vers le large. Les
Sirènes dansent puis plongent dans les profondeurs marines.
Godefroy et Eustache demeurent, consternés.
Merveilleux jardin dans le
palais enchanté d'Armide
(4) Prisonnière au
palais d'Argante, Almirène pleure. Elle reste est sourde aux
déclarations d'amour d'Argante et réclame sa
liberté. Argante refuse par crainte d'Armide.
Almirène continue de pleurer sa captivité dans
son air Lascia ch'io pianga, l'un des plus beaux que Haendel ait
écrits ; il est dérivé d'un air d'Il
Trionfo del Tempo, lui-même issu d'une sarabande de
l'ouverture d'Almira. (5) Armide se félicite que Renaud ait
été capturé, et demande qu'on le lui
amène. (6) Deux Esprits conduisent Renaud devant Armide.
Renaud lui demande de lui rendre son Almirène. Armide tombe
amoureuse de lui. (7) Pour le séduire, Armide
revêt l'apparence d'Almirène. Pendant leur
étreinte, Armide reprend son apparence, et Renaud fuit.
Armide se change à nouveau en Almirène. Renaud
est sur le point de succomber à la tentation, mais
s'arrête, craignant être le jouet d'une illusion.
(8) Restée seule, Armide reprend sa propre forme et
éclate de colère. Furieuse qu'il ne
cède pas à ses cajoleries, elle hésite
pourtant à déchaîner les Furies contre
celui qu'elle aime. Elle reprend la forme d'Almirène juste
avant l'arrivée d'Argante. (10) Argante, croyant parler
à Almirène, continue à lui
déclarer sa flamme et lui promet de la délivrer
des filets de la cruelle Armide. Celle-ci reprend ses traits et une
violente querelle éclate entre eux. Argante avoue
être tombé amoureux d'Almirène. Dans un
air superbe Vo' far guerra, Armide jure de lui retirer l'aide qu'elle
lui a jusqu'alors apportée.
Haut
Acte III
Une horrible montagne avec
ravins et cascades, au sommet de laquelle on voit le château
enchanté d'Armide, gardé par un grand nombre de
monstres aux formes variées ; au milieu des murailles, on
distingue une porte avec des colonnes de cristal et toutes sortes de
pierres précieuses ; au pied de la montagne se trouve
l'antre où habite le Mage.
Godefroy demande à
Eustache d'aller chercher le Mage. Eustache l'appelle depuis
l'entrée de la caverne. (2) Le Mage (basse) sort de son
antre. Il est au courant de la situation. Godefroy et Eustache et leurs
soldats gravissent la montagne. Ils approchent du sommet lorsqu'un
bataillon de monstres affreux se présente à eux
avec des flambeaux ; plusieurs soldats, terrifiés, font
demi-tour, mais une autre escadron de monstres vient leur barrer le
chemin ; dans la confusion générale, la montagne
s'ouvre et les engloutit à grand tapage en vomissant un
torrent de flammes et de fumée. Godefroy et Eustache
redescendent vers le Mage. Celui-ci leur donne des baguettes magiques
qui les aideront à rompre les maléfices d'Armida.
Ils reprennent l'ascension de la montagne ; le Mage observe leur
progression en chantant pour les encourager. Les monstres se
présentent de nouveau à eux, mais sont mis en
fuite grâce aux baguettes magiques. Arrivés au
sommet, ils donnent un coup de baguette magique à la porte
du château d'Armide et aussitôt, les murailles
disparaissent avec toute la montagne ; il ne reste plus rien qu'une mer
agitée. Godefroy et Eustache se retiennent à un
rocher surplombant la mer, puis on les voit rejoindre la terre par un
autre côté.
Le jardin d'Armide
(3) Armide pointe un dague sur
le coeur d'Almirène et s'apprête à la
tuer. Renaud s'interpose et Armide retourne son arme contre lui. Renaud
tire son épée et s'avance vers elle avec furie.
Aussitôt des esprits surgissent du sol pour la
protéger. (4) Godefroy et Eustache arrivent. Armide appelle
les Furies contre eux, mais par un coup de baguette magique, le jardin
enchanté disparaît, laissant la place à
une campagne déserte au fond de laquelle on
aperçoit la ville de Jérusalem sur une hauteur ;
des portes de la ville, une route tortueuse descend jusque dans la
plaine. Godefroy, Eustache et Renaud se jettent dans les bras l'un de
l'autre, mais alors qu'Almirène veut faire de
même, mais Armide la retient et tente une nouvelle fois de la
tuer avec sa dague. Renaud saisit son épée et
s'avance vers Armide, mais au moment où il va porter le
coup, celle-ci disparaît. Tous sont soulagés.
Godefroy invite Renaud à retrouver la voie du devoir.
Celui-ci est impatient de courir vers la gloire. (5) Argante, suivi de
trois généraux, a décidé de
mener un assaut. (6) Armida et Argante se réconcilient.
Toutes sortes d'instruments militaires retentissent. On voit
l'armée sortir de la ville puis, arrivée au pied
de la montagne, défiler devant Argante et Armide en leur
faisant les saluts militaires de rigueur. Leur duo
célèbre la bataille imminente et leur propre
réconciliation. (7) Godefroy,
Almirène et Renaud se réjouissent
d'être délivrés de l'asservissement
d'Armide ; l'air d'Almirène Bel piacere, qui provient
d'Agrippina, chante à l'unisson du violon,
révèle une inspiration charmante et gracieuse.
(8) Toutefois, Eustache leur rappelle la tâche à
accomplir. (9) C'est au tour de l'armée
chrétienne de défiler solennellement,
à pied et à cheval, devant Godefroy et Renaud en
leur faisant des saluts militaires. L'air entraînant de la
Marche, avec tambour et trompettes, est inspiré du Beggar's
Opera. Renaud propose un plan de bataille. Il proclame sa
résolution Or la tromba avant le déroulement de
la bataille. (10) Argante sort avec son armée qu'il dispose
pour la bataille. (11) Godefroy sort à son tour avec ses
troupes en ordre de bataille. Il galvanise ses troupes. Les
armées entament une bataille rangée qui reste
équilibrée. Renaud, ayant
déjà pris la ville, descend de la montagne avec
un bataillon et assaille les ennemis par le flanc si bien que ceux-ci
s'enfuient poursuivis par les soldats de Renaud. (12) Argante est fait
prisonnier. Renaud est félicité par Godefroy.
(13) Eustache et Almirène conduisent Armide
prisonnière. Almirène et Renaud se retrouvent.
Armide repentie brise sa baguette enchantée et embrasse la
foi chrétienne. Clément, Godefroy accorde la
liberté à Argante et Armide. Choeur final
célébrant la vertu, la constance et l'amour.
[Haut]
"Ecrit en moins de quinze jours
sur un livret de Rossi, lui-même inspiré de la
Jérusalem délivrée du Tasse, ce
Rinaldo, prototype même de l’opera seria
à l’italienne alternant airs et récits,
permit au tout jeune Haendel (il n’avait pas 26 ans)
d’entrer par la grande porte sur la scène anglaise
du début du XVIIIe siècle,
inaugurant une grande histoire d’amour qui allait durer plus
de cinquante ans. L’œuvre sera
représentée pas moins de quinze fois en une
saison, un immense succès pour
l’époque. Ce fut l’occasion
d’éblouir le public londonien avec des machineries
imposantes, de puissants effets de tonnerre et de flammes,
jusqu’à des lâchers de moineaux qui
n’allèrent pas sans soulever certains sarcasmes.
L’auditeur du XXe siècle a
bien du mal à imaginer la splendeur d’une
représentation, lorsque, carré dans son fauteuil,
il subit une succession de récitatifs bien indigestes
desquels même la beauté des airs qu’ils
précèdent ne peut faire oublier
l’ennui. Il faudrait de la part des interprètes
bien de l’entrain et de l’inventivité
pour gommer cette monotonie en variant à volonté
les effectifs dans le continuo ou en mettant en avant, par un travail
sur le timbre mis au service de la
théâtralité du texte, la
diversité des passions mises en jeu même si elles
sont quelque peu conventionnelles". (Chronicart)
Voir le site : http://perso.wanadoo.fr/jean-claude.brenac/HAENDEL_RINALDO.htm
[Haut] L'ALLELUIA tiré du Messie (Messiah)
Le
Messie (Messiah, HWV 56) est un oratorio composé en 1741 par Georg
Friedrich Haendel. C'est une de ses œuvres les plus populaires avec les
suites Water Music et Music for the Royal Fireworks (Musique pour les
feux d'artifice royaux).
Le texte réfère principalement à la
résurrection du Messie et à la rédemption qu'elle opère : l'œuvre fut
écrite pour le temps de Pâques et jouée pour la première fois lors de
cette fête. Cependant, il est devenu de tradition, depuis la mort du
compositeur, de la jouer pendant le temps de l'Avent — les semaines qui
précèdent la fête de Noël — plutôt que pendant le temps de Pâques. Ces
concerts ne jouent souvent en fait que la première section du Messie,
concernant l'Annonce de la venue du Christ et sa naissance, ainsi que
le chœur de l'Alleluia. Certains ensembles, tels l'Orchestre
symphonique de Montréal, le jouent en entier. L'œuvre est aussi jouée à
Pâques, en particulier les parties concernant la résurrection qui sont
souvent des pièces jouées pendant les offices. L'air de la soprano I
Know that my Redeemer Liveth est souvent entendue lors de funérailles
chrétiennes. La tradition veut par ailleurs que les cinquième et
sixième mesures de cet air aient servi de base à la composition de
l'air du carillon de Big Ben, à Londres, à la fin du XVIIIe siècle.
Composition et création L'oratorio
a été écrit en 1741 à Londres sur un livret en anglais de Charles
Jennens inspiré de la Bible, mais n'a été créé que le 13 avril 1742
lors d'un gala de charité au Temple Bar de Dublin.
L'innovation
de Haendel est de mettre à la disposition de la prédication le ressort
dramatique et musical de l'opéra. Bien que considéré comme un «
oratorio sacré », le Messie est résolument sorti de l'église ; donné
sur scène, il épouse toutes les ressources de la scène, à l'exception
du jeu des acteurs et des machineries. Le renversement opéré par
Haendel lui permet d'atteindre une dimension nouvelle par une large
amplification théâtrale, qui laisse libre cours à sa volonté de
chercher un succès auprès de l'auditoire.
Cependant, en mars
1743 lors de la création britannique du Messie, une cabale de dévots
attise les haines, trouvant la fresque grandiloquente et trop éloignée
du demi-silence qu'exige la vraie prière. La guerre des libelles va
durer plusieurs mois, portant un tort considérable au succès de
l'œuvre. Haendel devra limiter à deux représentations les auditions du
Messie en 1743 et n'en donner aucune en 1744. On sait, certes, que le
roi lui-même s'était levé lors de la première en entendant le tonnerre
de la phrase de l'Alleluia For the Lord God omnipotent, donnant ainsi
naissance à la tradition britannique qui veut que la salle se lève à ce
moment lors de chaque exécution en concert. Mais cet enthousiasme
instinctif n'avait pas suffi à assurer le succès. Pour l'époque, il y
avait quelque chose de neuf dans l'œuvre de Haendel : une abondance de
chœur (vingt, pour cinquante-deux numéros au total) qui avait convaincu
les Irlandais mais laissait les Britanniques pantois, sans aucune autre
référence comparable dans le genre d'oratorios sacrés qu'ils avaient
entendus jusqu'alors. La postérité devait attribuer cet échec à
l'orchestration traditionnelle.
L'œuvre est divisée en trois parties :
- 1.Ancien Testament : les prophéties de l'arrivée du Christ, de l'Annonciation et de la Nativité.
- 2.Ancien et Nouveau Testaments : la Passion, la Résurrection et l'Ascension du Christ.
- 3.Nouveau Testament : la Résurrection des âmes.
L'œuvre est écrite pour orchestre et chœur, avec cinq solistes (soprano, mezzo-soprano, contre-ténor, ténor et basse).
Haendel
a dirigé de nombreuses fois le Messie, adaptant souvent l'œuvre aux
circonstances, si bien qu'aucune version ne peut être considérée comme
authentique.
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