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Dimitri BORTNIANSKI
(1751 - 1825)



Bortnianski
Bortnianski Dimitri (1751 - 1825) 

En France, on ne connaît guère de ce musicien que ses opéras. Ukrainien, il ira étudier pendant dix ans à Venise auprès de Galuppi à partir de 1769. Sa production lyrique date de cette époque. Revenu en Russie, il deviendra, une vingtaine d'années plus tard, directeur de la Chapelle Impériale à Piters. Après sa mort, c'est Tchaïkovski qui veillera à l'édition de ses nombreuses pièces de musique sacrée (réunies en dix volumes), faisant toutes preuve d'un grand don pour le contrepoint. Il adapta le motet italien à la tradition orthodoxe avec un brio inégalé. L'interprétation de ce Concert n°15 rendit parfaitement hommage à l'écriture recherchée et parfois presque théâtrale d'un homme qui lui-même avait été chanteur à la Cour dès l'enfance. On aura cependant été surpris d'y rencontrer une teneur nettement plus artistique que spirituelle. L'antienne Fils unique et Verbe de Dieu possédait au contraire une force qui, pour contenue qu'elle fut, n'en demeurait pas moins impressionnante.

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LE CONCERTO DE LA LITURGIE ORTHODOXE POUR CHOEUR

Influencés par la polyphonie occidentale, les compositeurs russes créent au XVIIe siècle un genre typique de la liturgie orthodoxe, le « concerto pour choeur ».

APPARITION TARDIVE.

En 988, le christianisme devient la religion officielle de la Russie, mais le modèle choisi étant Byzance plutôt que Rome, son expression artistique se développe selon un chant strictement monodique 1, sans instruments. De même la polyphonie 2 est rejetée comme un produit du catholicisme romain ou, pis encore, polonais. Ce n’est qu’au milieu du XVIIe siècle que les choses changent, tant sur le plan religieux (la réforme du patriarche Nikon) que politique (l’adhésion de l’Ukraine à la Moscovie), et musical. Sous l’influence de la Pologne et de l’Allemagne, la musique polyphonique se développe en Ukraine puis en Russie. Nicolas Diletski publie une Grammaire musicale (1675), sorte de manuel du parfait polyphoniste, et Vassili Titov (1650-1715), un Psautier métrique (1687-1689), qui exercera une influence considérable mais sur un modèle plus luthérien. En fonction des intérêts culturels de la cour impériale, les styles ukrainien, polonais, italien et, au cours du XIXe siècle, allemand s'implanteront successivement dans les différentes expressions artistiques et donc aussi dans la musique d'église. Mais à la fin du XIXe siècle, un mouvement de retour aux sources voit le jour : il vise à supprimer tous les éléments étrangers à la musique liturgique russe et à retourner aux traditions authentiques du passé.

PREMIERS CONCERTI.

Titov, le premier, publie des choeurs sous le titre de Concerti. Mais alors que ceux-ci désignent chez les frères Gabrieli et les compositeurs italiens du XVIIe siècle des oeuvres religieuses (Concerti ecclesiastici ou spirituali) pour voix et instruments, Titov prend la précaution de préciser dans le titre qu’il s’agit de Concertos pour choeur – uniquement – conformément aux prescriptions de l’église orthodoxe interdisant tout usage d’instruments, orgue y compris.

GENRE SPÉCIFIQUE.

Le Concerto pour choeur est donc un genre spécifique de la liturgie orthodoxe comportant un répertoire de quelque 500 oeuvres, toujours vivant puisque des compositeurs contemporains comme Alfred Schnittke y ont contribué encore récemment. Il connaît un premier apogée avec DIMITRI BORTNIANSKI (1751- 1825) qui, à lui seul, en écrit plus de 100 (la moitié environ est perdue). Bien que formé auprès de compositeurs italiens, à Saint-Pétersbourg puis en Italie, Bortnianski, devenu musicien de la cour en 1779, s’inquiète cependant de la perte d’identité que l’engouement pour la musique italienne pouvait entraîner. Il s’intéresse au chant znamenny traditionnel, équivalent oriental du chant grégorien de l’Église catholique, basé sur un système de neumes 3 (znamia) et prend le contrôle de l’édition musicale dont l’usage devient obligatoire dans les églises. Le « concerto pour choeur » s’apparente au motet 4 dont il a les dimensions (en général moins de dix minutes) mais sans la complexité contrapuntique de l’école franco-flamande ou de Bach. L’harmonisation le rattache plutôt au choral 5 luthérien, mais en conservant les spécificités modales et rythmiques du chant orthodoxe ancien.

MAINTIEN PUIS DISPARITION.

En 1899, le juriste et philologue Stépan Smolenski (1848-1909), auteur d’une collection de plus de 1000 manuscrits de ces musiques anciennes, est nommé directeur de l’École synodale 6 de chant religieux, qui effectue un vaste travail de recherche et de classement des chants traditionnels. Après sa mort, son travail est prolongé par Alexandre Kastalski (1856-1926) et PAVEL TCHESNOKOV (1877-1944), qui compose 35 recueils totalisant quelque 325 morceaux liturgiques. La plupart des grands compositeurs du XIXe siècle, Tchaïkovski notamment, écrivent également des Liturgies, des Vêpres et des choeurs religieux divers, même Rachmaninov, auteur d’un Concerto pour choeur (1893), récemment redécouvert. Les Vêpres de Rachmaninov (composées en 1915 à l’instigation de Kastalski) sont éditées par le régime soviétique en 1922, mais cette « erreur » est vite réparée par leur disparition du répertoire. Sous l’effet de la Révolution, le chant choral est mis au service de la nouvelle idéologie prolétarienne, Kastalski et Tchesnokov se reconvertissent aisément, l’École synodale étant rebaptisée… Académie chorale du peuple.

LAÏCISATION PUIS RESTAURATION.

Certains choeurs sont cependant tellement familiers qu’ils sont chantés en dehors de la liturgie, et que le régime soviétique, ne pouvant les supprimer brutalement, les reconvertit en leur donnant un texte et un titre profanes. Tel est le cas du choeur Sviche prorotsi (Du ciel, les prophètes) composé en 1890 par MILI BALAKIREV (1837-1910) qui devient un poétique «Chant du soir». La célébration en 1988, sous Mikhaïl Gorbatchev, du millénaire de l’adhésion de la Russie au christianisme sera l’occasion officielle de restaurer pleinement le chant religieux dans sa légitimité liturgique et musicale après un silence de plus d’un demi-siècle et de nombreuses oeuvres, des Concertos pour choeur notamment, sont composées à cette occasion. Depuis, les chorales et les enregistrements se multiplient et dans aucun pays européen, la création contemporaine (Denisov, Goubaïdoulina, Schnittke, Chédrine, Smirnov…) ne reste aussi fidèle aux sources religieuses et spirituelles de l’inspiration.

D'après :         http://www.opl.be/fr/5_inf/4_con/pdf/PGR-(13)-Vepres-04.12.05%20d%E9f.pdf 
ou voir le site : http://www.proxiliege.net/index.php?page=article&id=390&idrub=10

 

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